harpiste

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Cette certitude précoce plonge ses racines dans l’histoire de ses parents.
Deux destins forgés par le courage et la résilience: un père fuyant sa campagne marocaine pour un meilleure vie à l’âge de 13 ans pour devenir , quelques années plus tard, un artisan couturier reconnu à Casablanca; une mère qui, dès 12 ans, mène de front l’école française, l’école arabe tout en cumulant un travail de brodeuse, et gérant le budget familial.
Deux exemples de détermination qui marqueront, inconsciemment sa vision de la vie: pour elle, la voie de la liberté passe par un niveau d’éducation d’excellence, et une exigence personnelle très forte. Pour lui, elle passe par écouter sa petite voix, et oser construire sa propre réalité.
D’eux, Nabila hérite bien plus que des valeurs : elle reçoit une exigence de liberté, un modèle d’autonomie et une détermination farouche à tracer sa propre voie.
Dans cette famille où l’éducation et l’excellence était une priorité absolue, la musique s’impose comme une évidence après l’école. Son frère et sa sœur jouaient du piano et de la flûte baroque.
Nabila, elle, insiste. Pendant des années. On lui propose d’abord l’éveil musical, puis le violon et le violoncelle. Elle choisit le violon — l’école en prête un — mais la harpe ne la quitte jamais. On lui dit que ses mains sont encore trop petites. On lui propose d’écouter des auditions de harpe. Elle en revient fascinée.
Puis, à la rentrée de CP, ses parents lui annoncent qu’elle commencera enfin la harpe.
La joie est immense.
Et sa mère ajoute : « mais tu continueras le violon, car ce qu’on commence, on le finit »

Le ton est donné. Cette phrase restera une ligne directrice de son parcours.


DE COLMAR À PARIS : L’EXIGENCE COMME UNE SECONDE NATURE


Les parcours d’excellence sont exigeants.
Celui de Nabila est aussi jalonné de rencontres qui, à des moments décisifs, lui permettent de poursuivre son chemin.
Son parcours commence à Colmar, où elle obtient deux Premiers Prix — en harpe, dans la classe d’Aude Gary, et en violon, dans celle de J.-L. Bouveret — avant de rejoindre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, où elle décroche un Premier Prix de harpe à l’unanimité.
Après un premier concours au CNSM de Paris, le doute s’installe et elle frôle le renoncement. C’est alors que Mme Fontan Binoche croise sa route. Par son soutien et sa bienveillance, elle l’aide à retrouver confiance et le goût de poursuivre.
Elle rentrera ensuite au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, puis un perfectionnement au CNSM de Lyon dans la classe de Fabrice PIERRE.
À l’Académie de Villecroze, une autre rencontre sera déterminante : celle de Marie-Claire Jamet. Elle lui redonne confiance en elle et en ses chances au Concours de l’ARD de Munich, l’encourageant à croire pleinement en son projet, aux côtés du soutien fidèle d’Aude Gary.


UNE CARRIÈRE INTERNATIONALE : ORCHESTRES, CHEFS DE RENOMMÉE ET PROJETS PERSONNELS


En 2004, elle obtient le Deuxième Prix du prestigieux Concours International de l’ARD de Munich, l’un des concours les plus importants au monde.
Cette distinction accompagne l’ouverture d’une carrière internationale. Elle collabore avec des orchestres prestigieux, dont certains l’ont vue finaliste lors de leurs concours de recrutement de harpe solo : le Bayerischer Rundfunk, le Concertgebouw d’Amsterdam, le Philharmonique de Radio France, le City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO), la Tonhalle de Zurich, la RAI de Turin, le WDR de Cologne et le Mahler Chamber Orchestra. D’autres collaborations viennent ensuite enrichir son parcours, notamment avec l’Orchestre de Paris.
Elle est également invitée à jouer avec le Philharmonique de Berlin au Festival d’Aix-en-Provence, notamment dans La Walkyrie de Wagner, aux côtés de Marie-Pierre Langlamet.
Elle travaille sous la direction de chefs tels que Claudio Abbado, Sir Simon Rattle, Myung-Whun Chung, Sir John Eliot Gardiner et Paavo Järvi.
La rencontre avec Claudio Abbado occupe une place particulière dans son parcours. Reconnaissant ses qualités musicales, il l’invite à participer à plusieurs de ses projets, notamment au Festival de Lucerne.


VENISE, UN CARREFOUR DES MUSIQUES ET DES RENCONTRES


En 2011, sa trajectoire l’amène à Venise. Elle y devient harpe solo du mythique Gran Teatro La Fenice, fonction qu’elle occupe jusqu’en 2018.

Pendant douze ans, la cité des Doges devient un lieu d’éclosion artistique. Entre l’univers de l’opéra italien, la musique de chambre et les projets qui naissent au fil des rencontres, Nabila affirme peu à peu une voix qui lui est propre, tandis que son désir de créer prend forme.


L’ÉCLECTISME COMME LANGAGE : ENTRE TRADITIONS ET INNOVATIONS


Si la formation classique reste son socle, elle n’a jamais été son seul univers musical.
Nabila grandit aussi avec la musique arabe, classique et populaire, présente dans son environnement familial. Peut-être est-ce là que commence, bien avant qu’elle ne le formule, cette curiosité pour les différentes façons de faire entendre la musique.
Plus tard, cette curiosité la conduit vers l’ethnomusicologie, puis vers la pratique d’autres traditions musicales, notamment le gamelan javanais, explorant ses polyphonies et ses univers modaux.


Cette ouverture donne naissance au Duo Dâramad, fondé avec le santuriste Fuad Ahmadvand, où la harpe occidentale dialogue avec le santur persan. Deux instruments, deux traditions, deux histoires qui se rencontrent sans perdre leur identité, pour laisser apparaître une musique nouvelle.


Elle fonde également le Duo Psyché avec le flûtiste Zacharie Braiek, un duo classique où la harpe et la flûte dialoguent dans un répertoire mêlant virtuosité et poésie.
Parallèlement, elle développe ses propres arrangements et explore d’autres répertoires, du classique au pop et au jazz, avec cette même envie d’élargir les horizons de la harpe.


UNE BOUCLE SE BOUCLE


De la petite fille qui entendait une harpe dans le murmure d’un ruisseau à la musicienne qui fait aujourd’hui dialoguer les traditions, son parcours dessine un même mouvement : suivre ce qui l’appelle, travailler pour aller plus loin, puis ouvrir de nouveaux espaces.
Première harpiste marocaine professionnelle, cet aboutissement résonne comme un écho à l’histoire de ses parents : partir de rien pour écrire sa propre page, et, à son tour, ouvrir la voie.

Un électron libre…
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Credit photo julien mignot
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